Pages: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivante

Fantasia : DJ XL5’s Mexican Zappin’ Party

Lundi 8 août 2011

mexico

Santo, Huracan Rami­rez, Mistico, Mil Mascaras, Blue Demon… Les luchadores étaient tous invités à accompagner les mariachis pour chanter La Bamba. Après 25 jours de présentations, le festival Fantasia a terminé sa 15e édition en festoyant sous le signe du Mexique.

Fantasia a rendu hommage à la culture mexicaine, non pas en soulignant sa grandeur, mais plutôt par l’absurde. Oubliez donc les cinéastes en vogue Guillermo del Toro, Alejandro Inarritu ou Guillermo Arriaga, et découvrez le meilleur du pire. Un genre de Total Crap muy picante.

Le programme est décliné en cinq sections. Chacune comporte son lot de séquences mémorables. Dans les comédies rétro, la palme se partage entre les jumelles chantantes et le pauvre cantante dont la seule poésie se résume à une énumération des villes de l’État de Guerrero. Du côté de l’âge d’or du cinéma d’horreur, des mentions plus qu’honorables au loup-garou-meilleur-pianiste-du-monde, et au combat épique entre un robot et une momie.

Le mythique lutteur Santo mérite amplement son propre segment. Intéressant de le voir se battre contre les martiens. Quant à  ses compères masqués, ils faisaient partie d’une section mettant en parallèle les films de catcheurs aux plus récents longs-métrages du genre narcotrafiquant, dont Chrysler 300 - parte 2 est un fier représentant. Des décennies séparent les deux genres, mais pas la médiocrité.

Et pour ceux qui veulent à tout prix vivre le summum du pire en gore, allez voir ce dont est capable le réalisateur chilien naturalisé mexicain Alejandro Jodorowsky. Son film La Montana Sacrada est disponible en entier sur YouTube. Du sang, Jésus, du sang, un hippopotame, du sang, des peintres anaux, du sang… Bref, indescriptible, le mec doit être beaucoup trop en avance sur son temps. Ed Wood peut aller de rhabiller.

Hubert Rioux

Fantasia : Entrevue avec Jean Leloup et Esther Gaudette

Vendredi 5 août 2011

img_4995

Rencontrer Jean Leloup, c’est un rendez-vous vers l’inconnu. Impossible de savoir à quoi s’attendre. Réputé pour son côté éclaté et imprévisible, Leloup a accepté de discuter de son film Karaoké Dream.Il était en compagnie de son actrice principale, Esther Gaudette. Retour sur un entretien parfois désordonné, mais fort sympathique.

C’est la première de Karaoké Dream. À quoi peut s’attendre le public ce vendredi soir?

JL - … (semble déconcentré par ce qui se passe autour sur la terrasse). OK! Redemande-moi ta question.

Karaoké Dream. «Yeah!» Fantasia «OK». Le public. À quoi peut-il s’attendre. Leloup demande à son actrice.

img_5024

EG – Le public peut s’attendre à un film complètement original, à quelque chose qu’on a jamais vu ici. Il y a des histoires parallèles… Il y a une dureté aussi dans le sujet. La plupart des personnages sont seuls. On aborde la pédophilie, il y a un adolescent qui se fait tabasser par sa mère. Je pense qu’il y a aussi une réconciliation entre le bien et le mal.

Tu voudrais ajouter quelque chose?

JL – Je pense que le public… Ouais… Je pense que c’est comme entrer dans la tête des gens. Comme quand tu rêves. Un moment donné, tu suis le rêve, mais il peut y avoir plusieurs couches. Et c’est une histoire dure. Le gars de 18-20 ans qui mange des claques dans le film, il part dans sa tête, mais on sait pas trop c’est quoi exactement. Est-ce que c’est vraiment dans sa tête ou dans celle des autres… En tout cas, c’est assez pété. Y’a pas de format. Ha oui! Y’a du rock n’ roll.

Justement, Karaoké Dream est décrit comme un film dont la seule règle est qu’il n’y en pas de règles. Ça se traduit comment selon toi. Par l’improvisation? Au montage?

JL – C’est dans toute! Je voulais marcher au contraire de ce qui se fait d’habitude. Je ne voulais prendre aucun financement. Je voulais avoir toute la liberté de choisir qui je voulais avoir dans mon film, connus ou pas. J’ai rencontré du monde qui m’inspirait et j’ai créé à partir de ça. Après ça, j’avais envie de le faire vite, sans avoir à attendre deux ans. Et je ne pouvais respecter aucune règle si je voulais raconter cette histoire-là.

img_4986

Comment était la dynamique de travail avec Jean Leloup. Est-ce que vous (les acteurs) aviez des pistes, vous donnait-il libre court à votre imagination?

EG – C’est certain qu’on avait une piste, mais ça pouvait changer en cours de route. Ça dépendait de la manière dont on ressentait la scène à ce moment-là, et même de la façon dont on se sentait cette journée-là.

JL – J’ai commencé avec un personnage de cette fille qui faisait des meurtres dans un bordel rose. Après ça, j’ai pensé que ce personnage pouvait exister dans la tête d’une fille qui est saoule. On a poursuivi comme ça, en supposant que cette fille pouvait être la réincarnation d’une fille qui a été torturée. J’ai alors développé une histoire autour de ça. En fait, ce sont plusieurs âmes de cette fille qui se retrouvent dans la merde, parce qu’elle est actrice puis elle est belle. C’est toute.

Vous avez aussi voyagé pour le tournage. Vous êtes allés au Viet-Nam?

JL – Moi j’y allais déjà pour faire des shows. On a demandé la permission là-bas pour faire des petits clips, comme la séquence en noir et blanc . On a aussi tourné un peu à Tokyo. C’est après que je me suis dit «Merde, on fait un film». J’avais un peu d’argent de côté et j’avais le choix entre un condo ou faire un film. Je me suis dit que le condo ce sera quand je serai vieux.

EG – Aussi, c’était vraiment le fun de tourner ici à Montréal. On a fait les décors nous-mêmes, acheter les costumes. C’était vraiment tripant de participer à tout.

img_5006

Tu parles de ton film comme un collage. On y trouve des capsules complètement éclatées et tu sembles t’inspirer du cinéma de genre et asiatique.

JL – À la base j’adore les films asiatiques, mais j’aime beaucoup les films très réaliste. En fait, j’aime ça le cinéma. J’ai toujours aimé ça, puis je voulais en faire. Mais le cinéma me semblait un truc compliqué et chiant où tu devais remplir plein de paperasse. J’pensais jamais y aller, c’est comme aller à l’hôpital. J’avais laissé tombé, puis je me suis mis à jouer de la guitare à la place…

Tout à l’heure tu parlais de rock n’ roll et la musique semble importante dans le film. Le collectif The Last Assassins dont tu fais partie découle de ce projet. Est-ce que la musique du film se retrouvera dans les spectacles ou sur disque?

JL – La musique de Karaoké Dream est le résultat de plein de jams. On va faire des spectacles, mais The Last Assassins c’est pas un «band», c’est un collectif qui a été créé pour faire la musique du film. Ça adonne que c’était le fun, t’sais. On va faire des shows parce qu’il y a des tounes qui en valent la peine.

***

Karaoke Dreams est projeté ce soir à 23h30 au Théâtre Hall, en présence de Jean Leloup.

Alexandre Duguay

(crédit photos: Caroline Cloutier)

Fantasia : The Woman

Mercredi 3 août 2011

thewoman1

À Sundance, lors de la projection de The Woman, un homme outré a quitté la salle en criant que la pellicule devrait être “confisquée et brûlée”. Heureusement, ses conseils n’ont pas été suivis, et le public de Fantasia a pu apprécier le troublant long-métrage de Lucky McKee hier soir.

On qualifie souvent Lucky McKee de cinéaste féministe. Ses films de genre (May, The Woods) mettent en vedette des personnages féminins aux personnalités fortes, et son style d’horreur fait autant appel à l’émotion du spectateur qu’à l’intellect. Son dernier long-métrage va encore plus loin, et propose rien de moins qu’une fable décapante sur la misogynie. Le scénario coécrit avec l’auteur Jack Ketchum se veut une suite libre du film Offspring, bien qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir vu ce dernier pour pleinement apprécier l’histoire.

Vivant une existence tranquille dans la campagne du Massachussetts, l’avocat Christopher Cleek (Sean Bridgers), sa conjointe Belle (Angela Bettis) et leurs enfants ont toutes les apparences extérieures du rêve américain. Lorsque le bon père de famille aperçoit une femme à l’état sauvage qui rôde dans les bois autour de leur maison (Pollyanna McIntosh) et qu’il décide de la séquestrer avec l’intention de la “civiliser”, on découvre peu à peu le vrai visage de cet homme qui considère les femmes comme des animaux lui devant obéissance, y compris son épouse et ses filles.

Le sexe féminin est réduit au silence même dans la réalisation, ce qui se traduit par un jeu d’actrices qui passe moins par le dialogue et davantage par le langage corporel. Angela Bettis incarne avec brio l’épouse soumise, et fait comprendre toute la subtilité de l’émotion par le regard et l’expression de son visage. La performance très physique de Pollyanna McIntosh donne des frissons dans le dos, avec ses grognements pour seul mode de communication et une attitude d’animal mythologique indomptable. Il faut aussi souligner une généreuse trame sonore, composée spécialement pour le film, qui appuie l’ambiance à merveille.

En réponse aux questions du public après le visionnement, Lucky McKee a déclaré que le cinéma d’horreur s’est beaucoup adouci aux États-Unis depuis les années ‘70, et a confié s’être inspiré des courants européens et asiatiques pour créer une oeuvre qui suscite davantage le malaise. On peut dire que c’est mission accomplie avec The Woman, un film qui choque autant qu’il provoque la réflexion.

Patrick Robert

Fantasia : The Devil’s Rock

Mercredi 3 août 2011

devilsrock

Véritable huis clos satanique, le premier long-métrage de Paul Campion The Devil’s Rock sera présenté ce soir en grande première nord-américaine, une autre primeur du Festival Fantasia.

Nous sommes en pleine deuxième guerre mondiale, le 5 juin 1944, à la veille du débarquement de Normandie. Pour détourner l’attention des troupes d’Hitler, les Alliés lancent plusieurs opérations de sabotage dans des territoires contrôlés par l’ennemi. Un commando néo-zélandais composé du sergent Joe Tane (Karlos Drinkwater) et du capitaine Ben Grogan (Craig Hall) débarque secrètement sur une île de la Manche pour saboter des installations nazies. Les cris de douleur d’une femme en provenance d’un bunker les incitent à dévier de leur mission pour tenter un sauvetage.

À l’intérieur, ils découvrent un carnage d’une violence extrême. Les corridors sont remplis de cadavres de soldats allemands gisant dans des positions grotesques, et il ne reste qu’un seul survivant, le colonel Klaus Meyer (Matthew Sunderland). Ce dernier révèle que des expériences occultes se déroulent sur la base. Un démon a été invoqué dans le but de s’en servir contre les forces alliées, mais il a sauvagement tué tous les militaires avant que Meyer ne réussisse à l’enchaîner. La créature infernale cherche maintenant à se libérer, et ira jusqu’à prendre les traits d’Helena, l’épouse décédée du capitaine Grogan, pour parvenir à ses fins.

Malgré une prémisse qui laisse présager la série B et l’excès, The Devil’s Rock est présenté avec une sobriété surprenante et un ton résolument adulte. Les images sont non seulement très léchées, mais en plus, la réalisation combine la facture d’un film d’horreur à celle d’un drame de guerre historique. Paul Campion a beaucoup d’expérience dans les effets spéciaux, ayant travaillé sur Le Seigneur des Anneaux, Les Chroniques de Narnia et Sin City, mais en dépit de sa longue feuille de route dans le domaine, il utilise les effets visuels avec parcimonie, et mise davantage sur une ambiance claustrophobique et le jeu des comédiens pour créer le malaise.

Craig Hall, Matthew Sunderland et Gina Varela (dans le rôle du démon aux multiples visages) portent littéralement le film sur leurs épaules, surtout que l’intrigue s’inscrit dans la pure tradition du huis clos. Il s’agit d’une histoire d’horreur classique comme on les aime, toute en subtilité et appuyée par une réalisation soignée. Paul Campion signe ici un premier long-métrage abouti et réussi. La projection de The Devil’s Rock se fera en sa présence, ainsi que celle des acteurs Matthew Sunderland et Karlos Drinkwater, ce soir à 21h30 au Théâtre Hall de Concordia.

Patrick Robert

Fantasia : Kidnapped (Secuestrados)

Mardi 2 août 2011

kidnapped-movie-2

Kidnapped (Secuestrados) a été couronné de plusieurs honneurs dans le circuit des festivals, dont meilleur film d’horreur de l’édition 2010 du Fantastic Fest. C’est maintenant au tour de Fantasia de présenter ce premier long-métrage écrit et réalisé par l’Espagnol Miguel Ángel Vivas.

Kidnapped est un film choc qui nous place aux premières loges d’une invasion de domicile. Cette situation à laquelle personne ne souhaite être confronté interpelle le spectateur davantage qu’un récit mettant en vedette une quelconque menace surnaturelle, et vient jouer sur une peur moderne bien réelle. Ici, l’horreur est humaine, et se passe trop près de chez nous. Il serait plus exact de parler d’un thriller qui prend des dimensions horrifiques, mais l’effet est le même : on demeure sur le bout de sa chaise durant 85 minutes.

Jaime (Fernando Cayo) et Marta (Ana Wagener) viennent tout juste d’emménager dans leur nouvelle maison, dans un quartier cossu de Madrid. Pendant que le couple se dispute à propos de leur fille Isa (Manuela Vellès) qui refuse de rester pour pendre la crémaillère, trois hommes cagoulés font irruption au domicile. Non contents de dérober les objets précieux et de vider les portefeuilles, l’un des bandits conduit Jaime au guichet afin de retirer l’argent des comptes de banques, alors que les deux autres complices prennent le reste de la famille en otage. La brutalité qui s’ensuit est prévisible, mais ne décevra pas les amateurs de sensations fortes.

Si le scénario reste en surface, la réalisation impressionne, avec un rythme qui ne contient aucun temps mort. De la toute première à la toute dernière image, Kidnapped est marqué par une intensité visuelle qui risque de faire frémir même les habitués de films de genre. Miguel Ángel Vivas a tourné le long-métrage en une douzaines de scènes prolongées, sans beaucoup d’artifice ni de montage. La performance des acteurs est donc au centre de l’action, et on s’identifie spontanément aux membres de cette famille ordinaire qui se voient infliger les pires sévices.

Ce film dérangeant sera projeté cet après-midi à 15h00 au Théâtre Hall de Concordia, mais soyez avertis : après avoir vu Kidnapped, vous sentirez le besoin de verrouiller les portes de votre maison à double tour pendant quelque temps.

Patrick Robert

Pages: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivante